Fédération Maçonnique Méditerranéenne
Autrement dit, si nous devions « dogmatiser » la classification séparant Modernes et Anciens, dans cette logique de quelle catégorie relèveraient les Rits « Egyptiens » ? Devraient-ils être classés dans celle des « Antiques » ? Par ailleurs n’oublions pas que le REAA classé dans les « Ancients » n’en a pas moins bien des aspects dits des « Moderns » : les trois premiers grades étant singulièrement marqués de références que l’on retrouve aussi dans le Rit Français ! 
Mais pour en rester au RER, il y a paradoxe d’autant plus qu’il est issu de trois origines : 
• La Franc-Maçonnerie française du XVIIIe mais plus chrétienne que son legs londonien ; 
• La Franc-Maçonnerie germanique avec la Stricte Observance Templière et ses références apparentes à l’Ordre du Temple ; 
• L’introduction, plus exactement l’inoculation d’une doctrine religieuse réinterprétant le Christianisme avec l’enseignement de Martinez de Pasqually et son Traité de la Réintégration. 
Le templarisme du Rectifié servant de structure et « d’articulation » nourri son mode de fonctionnement, pour autant il n’imprègne en rien la doctrine sous-tendue par son christianisme et l’interprétation qui, en définitive, transgresse et bouscule son « cléricalisme » et le confessionalisme dans lequel, nombreux s’égarent. Prenons ici conscience, qu’au-delà de l’OEcuménisme spécifiquement chrétien de son enseignement, en définitive il l’élargie par le truchement de ses sources et racines vétéro-testamentaire car, en vérité il amorce avec deux siècles d’avance une « entente judéo-chrétienne » là où le reste de la Maçonnerie se contente trop souvent de superpositions pratiquement étanches les unes vis-à-vis des autres ! 
Nous comprenons mieux, ainsi, sa structure « démocratique » et ce à contre courant de la Maçonnerie française du XVIIIe, par l’introduction d’une interpénétration entre l’initiatique et le réglementaire. Par exemple : Scrutins et de la manière de les tenir : 
« Le scrutin est le moyen par lequel la loge cherche à connaître le sentiment des membres qui la composent, dans toutes les affaires qu’elle a à résoudre. Il doit être tenu de manière à laisser à chacun la plus grande liberté dans son suffrage, sans que le voeu général de la loge puisse être gêné par des motifs, intérêts ou caprices particuliers, l’accomplissement du voeu général devant être le premier but de chacun des Frères. Il est donc de règle, que toutes les propositions importantes soient examinées, et les différents avis qu’elles font naître, discutés et suffisamment éclairés avant que de tenir le scrutin, qui doit en décider définitivement. Il y a quatre manières différentes de tenir les scrutins : 
(…) 
La quatrième enfin par ACCLAMATION ; elle doit être la plus rare, comme étant la plus vicieuse, en ce qu’elle entraine rapidement les suffrages, et peut en gêner la liberté ; elle ne doit être proposée que dans les affaires peu importantes, ou lorsque le voeu général de la loge s’est 
suffisamment manifesté pendant la discussion de l’affaire. 
Pour les élections et délibérations, c’est la pluralité des voix qui décide, et c’est pour chacun une règle invariable de s’y soumettre ; mais pour les propositions d’un candidat à recevoir, ou d’un Maçon à agréger, il faut un consentement unanime, pour tous les cas de dispense.
… Dans toutes les assemblées quelconques de l’Ordre, la pluralité des suffrages l’emporte, et les décisions ainsi portées doivent être exécutées sur le champ provisoirement, malgré protestations ou appellations quelconques. Cette loi de la pluralité est sacrée et fondamentale dans l’Ordre, ainsi que toute Société bien ordonnée ; elle est le rempart de la liberté et la sauvegarde contre le despotisme. Un Chef ou Président d’une assemblée quelconque, qui voudrait abuser de ses pouvoirs, au point de renverser cette loi fondamentale, est censé parjure à ses obligations… »

Cette manière de « tenir les scrutins » rejetant l’unanimité tout autant que le pouvoir d’un seul démontre le « modernisme », voire le caractère « démocratique » d’un Rit trop souvent décrié comme archaïque. Pour autant il a aussi ses thuriféraires n’envisageant sa pratique qu’avec poudre et perruque, sorte de maçonnerie de musée où rien ne doit changer lapsus et coquilles inclus ! 

 Le Grand Prieuré d’Occitane Méditerranée reconnaissant dans la doctrine chrétienne du RER un ésotérisme à vocation universelle préfère laisser aux lieux appropriés un quelconque culte, aussi respectable puisse-t-il être, en y préférant une démarche de caractère culturel au sein d’un oecuménisme aux racines revendiquées qui, en vérité dévoilent de l’Ordre Maçonnique le désir d’une réconciliation judéo-chrétienne. 
Ce sera ici manière de s’approprier la transcendance des coeurs… Il s’agit, ici et maintenant, d’être « transcendant » plutôt que seulement transcendé ; bien que ceci nous reste quelque peu, reconnaissons-le, une autre histoire.

Prieuré Rectifié

d'Occitanie,

Catalogne,

Méditerranée

             Le Rit Ecossais Rectifié au sein du
          Grand Prieuré d’Occitanie Méditerranée
 

Nombreuses pouvant être interprétations et autres définitions sur et autour du RER pour autant, toutes s’accordent, ou du moins le devraient, sur trois aspects essentiels à sa singularité ; savoir : 
* le Christianisme, 
* le templarisme, 
* le maçonnique. 
Il importe, cependant, de reconnaître tout autant les trois « caractères » ci-dessus dans les Rits nés au XVIIIe siècle, voire au début du XIXe. En ce sens le Rectifié pourrait ne rien avoir d’original et pourtant ! Né à la fin du siècle des Lumières en prenant « à contre pied » ce qui en 1717 allait orienter la Maçonnerie dite spéculative, par exemple en « déchristianisant » les rituels, en y 
introduisant quelques notions latitudinaires, en y fondant la notion de « tolérance » par le fait de relativiser les confessions les unes par rapport aux autres. Bref en définissant ce qui allait devenir la Maçonnerie des « Modernes », toutes choses dont peuvent se revendiquer les héritiers des Constitutions d’Anderson de 1723, voire même de 1738 mais à un degré moindre. 
De ces trois aspects que l’on retrouve, certes dans les Rits du XVIIIe siècle et du XIXe, c’est-à-dire ce que l’on appellera Rite Français ou Moderne, ou des Modernes, REAA… mais « distribués » différemment, voire même dans le déroulé des grades, le RER quant à lui les amalgame dès le premier grade ! 
Alors, cette « réintroduction » du Christianisme, en fin de siècle des Lumières, quand d’autres l’avait « évacué » nous conduit à nuancer quelque peu l’introduction de la Maçonnerie des Modernes dans le Royaume de France quand dans la « traduction », plus exactement adaptation, des Constitutions d’Anderson de l’anglais au français on trouve dans « Règles et Devoirs de l’Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France 1735 » : « Devoirs de la Grande Loge de France (…) ainsi rédigés : 
« Le Ier Regard Dieu et la Religion 
« Un franc-Maçon est obligé par son Etat de se conformer à la Morale, et s’il entend bien l’art, il ne sera jamais un Athé, ny un libertin sans religion. Dans les siècles passés les Francs-Maçons étoient obligés de professer la Religion Catholique , mais, depuis quelque tems, on n’examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu’ils soient Chrétiens, fidèles à leur promesse, et gens d’honneur et de probité, de quelque manière qu’ils puissent être distingués d’ailleurs ; par ce moyen la Maçonnerie devient le Centre de l’union d’une vraye amitié entre des personnes qui sans ce doux noeud seroient pour toujours éloignés et séparés les uns des autres. »
 
Il devient donc intéressant et significatif de relever la traduction de 1735 où il est explicitement écrit que les Francs-Maçons étoient obligés de professer la Religion Catholique, mais, depuis quelque 
tems, on n’examine pas sur cela leurs sentiments particuliers, pourvu toutefois qu’ils soient Chrétiens
ce que dira, mot pour mot le Rit Ecossais Rectifié quand il se déclare oecuménique, c’est-à-dire qui rassemble les Eglises, toutes les Eglises, ici en l’occurence toutes les confessions chrétiennes sans spécificité encore moins rejet de celles qui ne seraient pas catholiques ! 
Ici le Rectifié s’inscrit dans cette adaptation des Constitutions qui, reconnaissons-le, s’écarte doctrinalement de la Maçonnerie des Modernes, n’en déplaise aux classificateurs entre, d’une part les « Modernes » et, d’autre part les « Anciens ». Ainsi déclarer l’appartenance du Rectifié à la famille des premiers ne semble pas aussi évident attendu que les dispositions recensées telles que la place des Surveillants, la couleur des décors et l’emplacement des colonnes ne devraient pour autant n’être que les seules expressions de classifications. D’autant plus que les différents Rits s’interpénètrent, se copient et ne se différencient souvent que dans l’agencement de leur décorum. 
Pour autant, le Rectifié n’en est pas moins écossais avec présence de la Bible et circulation de la Lumière. De plus il s’agit d’un rit, certes chrétien, ce qui le rangerait du côté des Anciens, mais pour 
autant guère confessionnel malgré les apparences, quelque peu « pièges à … ».